Pourquoi faire une campagne en faveur de Reporters?
Il nous semble que Reporters a noué une relation particulière avec ses téléspectateurs. Parce qu'elle provoque l'addiction autant par sa technique scénaristique et visuelle que par son fond, la série a attiré l'attention de ces gens qui veulent en savoir plus, s'intéressent aux sujets traités mais aussi aux coulisses, et veulent connaître ses concepteurs. Un public doté d'une culture télévisuelle, plus enclin à avoir vu beaiucoup d'épisodes de The Wire ou The West Wing que de Julie Lescaut. Un public qui, en clair, n'a pas l'habitude de regarder des séries françaises.
Sans doute ce noyau de téléspectateurs assidus et dévoués -- bref, ceux qu'on appelle (parfois de manière un peu péjorative, mais ce n'est pas notre cas) des fans -- n'était-il pas assez nombreux. Mais il faut mesurer la profondeur du fossé qui sépare aujourd'hui le public dont nous parlons et que Reporters peut intéresser, de la fiction française. Et donc l'extraordinaire conjugaison de persévérence, de patience mais aussi, disons-le, de budget communication, qui seront nécessaires pour, lentement, un par un, les faire revenir vers des oeuvres dont ils pourront constater qu'elles ont le même niveau d'exigeance que celles, étrangères, qu'ils sont habitués à regarder.
Canal+ a développé en matière de séries une politique éditoriale volontariste, ambitieuse et dont les résultats peuvent être constatés par chacun non seulement au travers de Reporters et ses qualités spécifiques, mais aussi Engrenages, Mafiosa ou encore les séries à venir Braquo et Pigalle, La Nuit. Il est important que cette ambition éditoriale soit préservée et développée. Et si les autres séries de Canal ne manquent pas d'intérêt Reporters est sans doute, par la manière dont elle interroge la société, la politique et constitue un miroir troublant de notre monde, celle qui colle le plus à l'ambition originelle de la ligne éditoriale de Canal+.

Reporters, série ambitieuse qui ne repose pas sur des codes dans lesquels le téléspectateur se glisse maintenant sans efforts, tels que ceux de la série policière ou même médicale, n'est pas celle qui réunit la meilleure audience des séries de Canal+. Mais il faut rappeller que, sur la base de leur audience des séries aussi diverses que Hill Street Blues, The Wire, Friday Night Lights, etc., n'auraient pas dépassées une poignée d'épisodes.
Il est par ailleurs important que les chaînes françaises soient capables de conserver sur leurs grilles, à cotés des fictions à succès à l'échelle de l'audimat, des séries-laboratoires, par essence plus confidentielles, mais de nature à apporter des idées neuves qui viendront ensuite nourrir les séries grand-public. C'est ce que les américains ont compris il y a longtemps. C'est là que TF1 a échoué, provoquant ainsi la déroute de sa ficti
on maison, après avoir accumulé les séries dont les épisodes totalisaient 50% de part de marché pendant les années 90.
Le fascinant jeu de miroir qui s'est installé entre Reporters et la réalité (la série ayant à maintes reprises des événements du monde réel, notamment, mais pas seulement, dans le cas de l'affaire Karachi) est le révélateur d'une qualité rarissime d'analyse et de fictionnalisation des mécanismes qui régissent le monde réel et font se répéter certains évéments.
C'est pour toutes ces raisons, pour sa qualité qui nous semble avoir très peu d'équivalents en France, qu'il nous a semblé utile de mener une campagne pour faire connaître notre envie de découvrir une saison 3 de Reporters. Histoire de mettre en lumière le caractère rare et précieux de Reporters, de faire valoir l'existence de ce public à haut niveau d'exigeance, de sa relation à la série. Histoire, on l'espère de faire revenir Canal+ sur sa décision d'arrêter Reporters ou, à tout le moins, de faire réfléchir la chaîne sur la nécessité de maintenir dans son offre de fiction des séries de haut niveau de qualité même si elles n'amassent pas (encore) de grandes foules...